Dix mariages par an

Réflexion · Approche

Je fais une dizaine de mariages par an. Ce n’est pas un hasard.

Couple mariés journée mariage

La semaine, je suis ingénieur chez Décathlon. Je conçois des produits, je pense à des systèmes, à des contraintes, à des solutions. C’est un métier qui me plaît autant que la photographie — et c’est pour ça que je n’ai jamais voulu choisir.

Quand les gens apprennent ça, il y a deux réactions. La première : « Alors la photo c’est juste un hobby. » La deuxième, plus rare : « Ah, c’est pour ça que c’est carré. »

La vérité, c’est les deux à la fois.

Dix mariages par an, ça veut dire que je peux me permettre de dire non. À un mariage qui ne me ressemble pas. À une date qui tombe mal. À un couple avec qui je ne sens pas que ça va fonctionner. Ce n’est pas de l’arrogance — c’est la condition pour que je sois vraiment là quand je dis oui.

Quarante mariages par an, ça s’appelle de la production. Je ne critique pas ceux qui le font — c’est un autre métier, avec une autre logique. Mais moi je veux me souvenir de chaque couple, de chaque salle, de chaque lumière de fin d’après-midi. À dix, c’est encore possible.

Il y a aussi quelque chose de plus simple. Un mariage, pour un photographe, c’est un buffet à volonté. Du portrait, du paysage, des larmes, des rires, une lumière qui change toutes les vingt minutes. C’est pour ça que j’y reviens — pas parce que c’est un marché porteur, mais parce que c’est le seul endroit où je peux pratiquer tout ce que j’aime photographier, en une seule journée.

Dix fois par an, c’est assez pour que ça reste vrai.