Réflexion · Approche
Avant les mariages, j’ai passé des années à photographier des gens qui ne me regardaient pas. Dans la rue, dans le métro, dans les marchés. J’attendais. Je ratais. Je recommençais.
Ce que la rue t’apprend, c’est que tu ne contrôles rien. Pas la lumière, pas la position des gens, pas l’expression sur le visage de l’homme qui va traverser dans deux secondes. Tu observes, tu anticipes, et tu espères avoir raison.
Quand j’ai commencé à photographier des mariages, j’ai réalisé que c’était exactement le même exercice — juste avec des enjeux différents. Personne ne te demande de poser. Il se passe des choses, tout le temps, partout dans la salle, et toi tu dois décider en permanence où tu regardes.
J’ai raté des moments. Je rate encore des moments. C’est une des choses que je n’ai jamais vraiment dite à un couple avant le jour J — qu’il y a des photos que je n’aurai pas faites, que j’aurais voulu faire, que j’ai vues une demi-seconde trop tard.
Mais la rue m’a appris quelque chose d’utile : les meilleurs moments ne ressemblent pas à ce que tu imaginais. Tu es en train de regarder la mariée et c’est le père qui pleure. Tu attends le baiser et c’est le geste juste avant qui compte.
C’est pour ça que je ne donne pas de consignes. Pas parce que j’ai une philosophie. Parce que j’ai appris que le vrai est toujours ailleurs que là où on cherche.
